- Développer ses connaissances sur la narration. « Produire cet effet [i.e. C’est pourquoi Corneille imite Sénèque dans le monologue délibératif desvers 1342-1376, où juste avant le meurtre des enfants, les « cruels élans de l’épouse abandonnée » se trouvent « balancés par l’amour maternel » : Théâtre du Nord-Ouest, mise en scène de Nathalie Hamel (2017) [ [, Max Rouquette traduit et adapte Médée en occitan puis en français (1992). Comme Horace, il n’y croit pas : - Lire et analyser des images mobiles. Corneille en est conscient, ce que prouvent les coupures effectuées dans les éditions postérieures de la pièce. Et ma peau qu’avec eux votre pitié m’arrache elles sont révoltantes : elles choquent la morale et la sensibilité « odi » ; Certes, la pièce est reprise par l’Hôtel de Bourgogne en 1646-47, puis par la Comédie Française en 1677. Le « vol » du char est rendu possible à une « machine », suspendue à des câbles. « Va, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse, Le goût a évolué : les émotions violentes passent de mode. De retour à Iolcos, Jason épouse Médée. [1]. L’infidélité de Jason, son ingratitude, s’expliquent dans la tradition par sa situation de paria ; il veut y échapper par un mariage princier qui lui garantira la protection de Créon. Horace : « Qu’un Dieu n’intervienne pas, à moins qu’il ne se présente un nœud digne d’un pareil libérateur » [24] Des sentiments de femme aux tendresses de mère. [21] Note de l’éditeur en ligne - Nous vous renvoyons à la communication de Pierre Pasquier « La scénographie baroque en France », Séance publique du 4 octobre 2010, Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, [23] « Épuration » est le sens donné à catharsis dans la traduction Dupont-Roc/Lallot), [25] La « machine » est une grue servant aux apparitions de dieux, [28] Troisième discours Discours des trois unités, [29] http://www.crlc.paris-sorbonne.fr/pdf_revue/revue2/Spectacle1.pdf, [37] Cf. 1987), aucun extrait ; il n’y est fait qu’une seule fois référence, dans la biographie de Corneille. Voltaire ne tolère pas non plus le spectacle de la magie, car il est invraisemblable. Si mes commandements ont trop peu d’efficace, déclenche un. Par ailleurs, dans le dialogue, il est fait rappel des crimes antérieurs de Médée : La Médée de Corneille propose des scènes inédites. A cet objet si cher tu dois tous tes discours […] Corneille reprend toutes les répliques de la pièce latine où cette volonté s’exprime, par exemple quand Nérine lui demande : L’effet est différent si on voit Créüse se débattre sur la scène, même si le feu est « invisible ». [1] Vous pouvez consulter le programme de la journée placé en annexe. Les filles de Pélias lui demandent alors de rajeunir également leur père. - Étudier les motifs d’une œuvre littéraire. Vous pouvez en consulter un exemplaire sous forme de document microfilm sur le site Gallica-Bnf : https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/btv1b90631697/f4.image.r=m%C3%A9moire%20de%20mahelot. Corneille fait d’elle un personnage à part entière, qui est loin d’être une innocente victime : elle est dure et manipulatrice. […] C’est vous petits ingrats, que malgré la nature, Médée, Euripide : structure de l'œuvre. Réjouis-t-en, Jason, va posséder Créuse… » (v.1571-73) Ces représentations de magie noire font appel à la crainte de la sorcellerie, alors que l’affaire des possédées de Loudun [37], qui a fasciné l’opinion, vient juste de se terminer (v.1632-34). Sa voix peut-elle toujours être actuelle ? 54), p. 12-26. Créon s’adresse à ses serviteurs, qui essaient de lui ôter ses vêtements enflammés. Theudas est paralysé, obligé à raconter le sort de Créon et de Créüse. En 1639, Corneille affirme que le spectacle du crime triomphant est censé plaire au public. C’est surprenant quand on compare avec les manuels anciens. Le sens exact de nefarius « qui a commis un acte nefas », soit un acte contraire à la volonté divine, aux lois religieuses, aux lois de la nature. Corneille fusionne les deux scènes et donne à voir Médée en action, Acte IV, sc. Nérine, elle, craint Médée : sa solidarité avec elle n’est qu’une façade. La magie de Médée rajeunit le vieil Éson. Cherubini, livret de François-Benoît Hoffmann. La pièce combine ces trois éléments : Médée est l’archétype de la sorcière ; les effets de sa magie, et en particulier le double meurtre de Créon et de Créüse, sont montrés sur la scène. Montrer les morts sur scène et les événements surnaturels, c’est déroger aux préceptes d’Horace et d’Aristote. Mais Médée est au répertoire de l’Hôtel de Bourgogne en 1646-47. Aristote conduit un parallèle avec la peinture [6] : Dans le premier discours, Corneille cite Médée parmi les personnages qui intéressent par « le caractère brillant et élevé » de leurs mœurs, qu’elles soient vertueuses ou criminelles. Elle aussi aime ses fils, comme l’héroïne d’Euripide et, à un moindre degré, celle de Sénèque, même si cet amour n’est peut-être que l’avatar de sa passion pour Jason, dont ils sont les « petits portraits » (v. 928). Le début de la dédicace est tout aussi provocateur : Connexion. Le spectacle de l’horreur ne plaît plus. Nous n’avons pas de documents sur les scénographies du Marais dans les années 1630. Si l’on en croit Corneille, elle a été bien reçue du public à sa création : au dédicataire anonyme de l’édition de 1639, sans doute fictif et représentant le public de 1635, les actions de la tragédie lui « ont agréé autrefois sur le théâtre ». Les différents lieux de la Médée de Corneille correspondent aux lieux-types les plus fréquents dans le Mémoire de Mahelot : la place publique, la maison de Médée, le palais, la prison où Égée est enfermé ; le temple d’où Créüse sort pour retrouver Jason [20] ; la « grotte magique ». Pour Aristote, le sujet tragique est « le surgissement des violences au cœur des alliances » : « un meurtre ou un acte de ce genre accompli ou projeté par le frère contre le frère, par le fils contre le père, par la mère contre le fils ou le fils contre la mère » [3]. Elle y est présentée, conformément à la légende, comme une magicienne invincible, mais aussi comme une jeune fille naïve qui fait confiance aux serments d’amour de Jason. En revanche les « invisibles feux » qu’elle destine à Créüse Imprudent cependant quand il sous-estime les pouvoirs de Médée malgré les avertissements de Pollux [31], il l’est tout autant en politique : en annulant le mariage diplomatique entre sa fille et Égée, il se prive d’un allié puissant qui, une fois délivré par Médée, envisage d’assiéger Corinthe. « Tiens, voilà un des fils […] Tiens, voilà l’autre fils » (Acte V, v.1190, 1197) Sont parues nombre d’éditions scolaires : Étonnants classiques, Profil d’une œuvre, Belin, Nathan, etc. [18] Le Mémoire de Mahelot constitue la principale source d’information sur la scénographie pratiquée sur la scène publique en France au XVIIe siècle. « A ces embrassements Même s’il est censé se produire en coulisses, l’infanticide reste impressionnant, grâce au couteau symbolique qui focalise les regards de Jason comme du public. Puis cédant tout à coup la place à ma fureur, Par exemple, dès 1640, La Mesnardière écrit que si le principal personnage est « absolument vicieux », il doit « recevoir un châtiment qui lui donne beaucoup de terreur ». Pensons par exemple aux peintures représentant des animaux ignobles ou des cadavres, à un beau portait d’une femme laide. Je dois à mon courroux l’heur d’un si doux spectacle » (v.1283-85) La variation des traductions est révélatrice de l’infléchissement qui s’est fait dans la perception du personnage-type défini par Horace : Horace n’interdit pas de faire de ces crimes un sujet de tragédie. On a déjà vu que l’horreur visuelle est souvent renforcée par le dialogue. Descendante du Soleil, elle évoque avec fierté sa grandeur passée. « Je vous donne Médée toute méchante qu’elle est, et ne vous dirai rien pour sa justification ». URL : https://www.cairn.info/revue-l-information-litteraire-2002-1-page-12.htm, [14] Lire le théâtre de Sénèque : http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/table.htm. Un Secret, de Philippe Grimbert. Les dramaturges choisissent le plus souvent l’épisode du divorce et de l’infanticide. Alors que, dans les autres pièces, c’est Médée qui prend l’initiative de lui offrir la robe empoisonnée, chez Corneille c’est Créüse qui la réclame : elle s’acharne sur l’épouse répudiée, en voulant la dépouiller du dernier vestige de sa grandeur passée, sa robe princière. Bannie par Créon, Médée se venge : elle fait porter à Créüse une robe empoisonnée qui s’enflamme sur elle ; le feu se communique à Créon, puis au palais royal. De plus, La pitié la combat, et se met en sa place, Pour présenter Médée comme une victime totalement isolée et sans appui, Corneille va jusqu’à transformer le personnage stéréotypé de la confidente, traditionnellement dévouée à l’héroïne et qui lui porte souvent une affection sincère. Elle se coupe volontairement du monde médiocre qui la rejette, pour retrouver sa grandeur et même la surpasser en réalisant un « chef d’œuvre » (v.249) qui outrepassera tous ses exploits criminels antérieurs, un forfait inouï qui va l’exclure de l’humanité, mais par lequel elle s’accomplira totalement. L’accent est porté sur l’amour maternel de Médée - elle sacrifie ses fils surtout pour les soustraire au mauvais sort qui les attend -, qui exprime longuement son déchirement et ses remords. Médée comporte donc tous les ingrédients pour avoir du succès en 1634. Le regain d’intérêt pour Médée s’explique par les programmes actuels. Médée est créée au théâtre du Marais. Médée est créée au théâtre du Marais. Mais les herbes n’ont aucun pouvoir et les filles de Pélias se retrouvent ainsi responsables du meurtre de leur père. 54), p. 12-26. Que si quelquefois l’on y voit les méchants prospérer et les gens de bien persécutés, la face des choses ne manquant point de changer à la fin de la représentation, ne manque pas aussi de faire voir le triomphe des innocents, et le supplice des coupables ; et c’est ainsi qu’insensiblement on nous imprime en l’âme l’horreur du vice, et l’amour de la vertu », Corneille fait référence de façon implicite à cette prise de position moraliste dans la dédicace : « Ici vous trouverez le crime en son char de triomphe ». « Préparez seulement des gênes, des bourreaux, We would like to show you a description here but the site won’t allow us. Je sens à tes regards décroître ma colère… » Médée répond : Que Médée n’égorge pas ses enfants devant le public, que l’abominable Atrée ne fasse pas cuire devant tous des chairs humaines, qu’on ne voie point Procné se changeant en oiseau ou Cadmus en serpent. Horace, dans son Art Poétique (v. 123) caractérise Médée par deux adjectifs : Cette monstruosité tient à la jouissance qui envahit Médée en perpétrant le meurtre lui-même, indépendamment de celle causée par la torture morale de Jason. C'est la nourrice qui ouvre la pièce dans un De l’amour aussitôt je tombe à la colère, Le travail du style - les métaphores de la résine, des dents… - rend émotionnellement acceptable l’horreur de cette mort. Corneille évite au spectateur la vision du « crime lent », mais sa Médée proclame à plusieurs reprises la jouissance qu’elle éprouve à faire le mal. Pour le second enfant, Jason est cette fois présent sur la scène. Bref, Médée est entourée de personnages « dont les mœurs [sont] plus mauvaises que bonnes » [35]. Quand Égée, qu’elle vient de délivrer, lui conseille de s’enfuir avec lui, elle refuse : Français Batteux (1748), on trouve « cruelle, inflexible ». Va lui, va lui conter tes rares aventures… » (v.1578-82). La Médée de Corneille insiste sur cette imprudence fatale : Créon supplicié par ses serviteurs, « bourreaux officieux » qui le torturent en voulant le secourir. Ainsi, les crimes d’Atrée et de Médée sont monstrueux, aux deux sens du terme : ils sortent de l’ordre naturel, au sens physique du terme (ex. Lallot ). » (v.1439-40) […] Dans les années 1630 - la création de Médée date de la saison 1634-35 - Richelieu encourage le théâtre pour sa fonction d’utilité morale et sociale [10]. intrépidité / cruauté ; Elle tue ensuite les deux fils qu’elle avait eus avec Jason, et s’enfuit sur un char tiré par des dragons ailés pour se réfugier chez le roi d’Athènes, Égée, qui lui avait offert l’hospitalité. Elle incite alors les fille de Pélias à faire avec leur père ce qu’elles ont fait avec le bélier. Au contraire, Corneille trouve cette action « plus belle » que celle qu’Aristote juge la meilleure - quand « celui qui se dispose à accomplir un acte irréparable en pleine ignorance reconnaît sa victime avant d’agir » comme par exemple « Mérope [qui], prête à tuer son fils, ne le tue pas mais le reconnaît ». Le jugement a posteriori de Corneille sur cette scène, où les victimes « importunent plus par leurs cris et par leurs gémissements qu’ils ne font pitié par leur malheur », en dit long sur le type d’émotions qu’il voulait susciter à l’époque des premières représentations de Médée : le sursaut devant l’horrible, le « monstrueux » produit par le spectacle. Fiche de préparation (séquence) pour le niveau de 3ème. > L'objectif de cette séquence est "- Pratiquer la lecture analytique. j’ai beau contre eux [les enfants] animer mon audace, Grâce à des herbes magiques, elle donne ainsi vie à un tout jeune agneau. Télécharger des livres par LELOUP Jean-Yves HENNEZEL Marie de Date de sortie: January 24, 1997 Éditeur: Le Grand Livre du Mois Nombre de pages: 224 pages Voltaire admire Corneille, mais avec des réserves, notamment sur Médée. *Votre code d’accès sera envoyé à cette adresse email. sa « passion mortifère », sur l’infanticide situé « aux limites de la représentation ». Spectateur interne de la scène, elle commente les adieux du père et de la fille : Les représentations de la Médée d’Euripide sont les plus fréquentes ; c’est peut-être la pièce de cet auteur la plus jouée et adaptée aujourd’hui. Il interdit seulement qu’ils soient montrés sur la scène, sous les yeux du public. L’expression et processus du deus ex machina doit être pris au seul sens figuré. « Moi, - Comprendre les spécificités d’une œuvre. derat hoc unum mihi/spectator iste - « il ne me manquait plus que ta présence comme spectateur » (v.992-93) Plus tard, il qualifie sa Médée de « vieille et nouvelle tout à la fois » [36], c’est-à-dire différente de celles d’Euripide et de Sénèque, car « offerte aux Français », donc adaptée à leurs goûts. films en VF ou VOSTFR et bien sûr en HD. Le plaisir est d’ordre intellectuel et il tient au fait de reconnaître l’objet dans sa représentation. Corneille avait ainsi à sa disposition tous les moyens nécessaires pour que la réalisation du spectacle soit à la hauteur des scènes impressionnantes qu’il avait conçues [21]. « Indignes rejetons de mes amours passées, Médée s’est rendue coupable d’autres crimes, dans le contexte de la conquête de la Toison d’or par Jason et les Argonautes [2]. Regarder des films en streaming complet sur votre smart TV, console de jeu, PC, Mac, smartphone, tablette et bien plus. Plus généralement, elle explique pourquoi l’intérêt pour le personnage de cette mère infanticide fléchit au XVIIIe siècle. Le poignard sanglant produit pourtant un effet de choc, parce qu’il fournit un support visuel pour imaginer la scène. Corneille aggrave son cas : il fait de lui un aventurier cynique, un séducteur volage. Il emprunte par exemple à Ovide et à Apollonios de Rhodes l’allusion à Hypsipile séduite et abandonnée [32]. S’inscrire Chez Sénèque, la nourrice raconte dans un monologue la fabrication du poison proprement dite (v.670-739) ; puis Médée prononce une incantation qui lui donnera son pouvoir (v.750-843) [17]. Ce plaisir peut sembler paradoxal : crainte et pitié sont, si l’on se fie à l’expérience que l’on en a dans la vie courante, des émotions pénibles. […] C’est Créon qui donne à Médée le temps de préparer sa vengeance : Corneille lui fait prendre l’initiative de lui donner un jour de délai ; chez Euripide, Sénèque et La Péruse, c’est sur la demande de Médée qu’il le lui accorde. Elle lui avoue qu’elle a presque autant « envie » de la robe que de lui… (v. 584). Médée (fille d’Ætés), séduite par Jason, l’aide à voler la Toison grâce à ses pouvoirs de magicienne et s’enfuit avec les Argonautes ; pour ralentir Ætés qui les poursuit, elle tue son frère Absyrte et en disperse les membres. Médée tue un vieux bélier, le dépèce, le découpe et en fait bouillir les morceaux. Mais elle sort du répertoire après la mort de Corneille (1684). Médée, Euripide : structure de l'œuvre, Terminale C’est aussi un plaisir esthétique, produit par le « fini de l’exécution » , la « couleur » ; la conscience qu’il s’agit d’une représentation crée la distance par rapport au spectateur, filtre les émotions. Chez Corneille, la délivrance est l’œuvre de Médée : les chaînes qui tombent, l’ invisibilité. Un spectacle moins cruel pour autant ? Autre scène violente : l’infanticide Ce rôle est très valorisant pour les tragédiennes. En tout cas, le succès critique est beaucoup plus mitigé. […] « Heureux père et mari, ma fuite et leur tombeau On pourrait donc croire qu’il agit en souverain machiavélique - il sacrifie l’intérêt de l’individu à celui de l’Etat - mais avisé. Evolution des crimes et délits enregistrés en France entre 2012 et 2019, statistiques détaillées au niveau national, départemental et jusqu'au service de police ou gendarmerie Associations : Subventions par mot dans les noms des associations Le contexte historique a changé : les Français ne sont plus fascinés par la sorcellerie ; la magie n’est plus acceptée dans la tragédie. C’était un registre de travail à l’usage du décorateur et des comédiens de la Troupe Royale établie à l’Hôtel de Bourgogne depuis 1629, où se trouvait consignée la liste des pièces inscrites au répertoire de la troupe et les notices techniques (parfois accompagnées de croquis scénographiques) nécessaires à la représentation de ces œuvres. URL : http://journals.openedition.org/skenegraphie/1290 ; DOI : 10.4000/skenegraphie.1290, [48] Consulter le dossier sur le site de l’ens-lyon http://cle.ens-lyon.fr/allemand/litterature/rda-et-rfa/wendeliteratur/medea-stimmen-dossier, [49] Dossier France-Inter sur Maria Callas à l’occasion de la sortie de la version restaurée de Médée, [50] Un article pour compléter la réflexion : Luca Caproni, « Médée de Pier Paolo Pasolini : le sacré et le barbare », Cahiers d’études romanes [En ligne], 27 | 2013, mis en ligne le 25 juin 2014, consulté le 17 mai 2019. Ma rage pour le moins me fera faire place… » (v.1389, v.1394-95) Horace développe dans son Art poétique l’idée qu’il faut émouvoir, mais aussi plaire et instruire, l’idéal étant de « mêler l’utile (le didactisme) à l’agréable ». Elle « lui prête à regret un silence complice » (v. 718), et va même jusqu’à servir d’intermédiaire à Jason qui n’ose réclamer lui-même la robe. Pourtant l’exhibition du « monstrueux » n’est pas gratuite : elle participe au « système des faits » puisqu’elle rend visible, dans toute son horreur, la vengeance de Médée, et son triomphe absolu sur ses persécuteurs. Trophées de l’innovation vous invite à participer à cette mise en lumière des idées et initiatives des meilleures innovations dans le tourisme. « Le parricide qu’elle commet presque de sang-froid sur ses deux enfants […] et l’envie que Jason a de son côté de tuer ces mêmes enfants pour se venger de sa femme, forme un amas de monstres dégoûtants. Chez Euripide, c’est parce qu’il s’est pris dans la tunique de Créüse, qu’en voulant se dégager sa chair se détache des os. : monstres mythologiques, dragons) ; et, par extension, ils sont d’une laideur morale extrême. Le rôle d’Égée y est développé par rapport à l’œuvre d’Euripide. D’autres répliques soulignent l’ironie tragique de certaines situations : Si Corneille cherche tous les moyens de susciter la crainte et de l’exacerber jusqu’à l’horreur, il veut aussi que l’on ait pitié de Médée : il crée un personnage beaucoup plus ambivalent et complexe que les héroïnes de ses prédécesseurs. Quelle est la pratique des dramaturges quant aux événements surnaturels ? La préface de Voltaire renseigne sur les raisons pour lesquelles la pièce de Corneille « n’a pu rester au théâtre », au XVIIe siècle et au-delà. « on ne distinguait plus ses yeux, la forme de son front ni de son beau visage. Bienvenue sur la chaîne YouTube de Boursorama ! Et pour l’obtenir, elle la négocie avec Jason contre la grâce de ses enfants. Deux exceptions : Euripide, mais on entend crier les enfants en coulisses, et Corneille. Il lui reproche entre autres, et surtout, qu’« on ne s’intéresse à aucun personnage. Mais plus généralement : « il ne doit y avoir rien d’irrationnel dans les faits » ; les événements irrationnels doivent être situés en dehors du drame et faire donc l’objet de récits. Mais sous l’influence conjuguée de la tradition rhétorique [7] et de l’Art poétique d’Horace, on impute à la tragédie d’autres buts que le plaisir. Sa duplicité contribue à faire plaindre Médée : celle à qui elle devrait pouvoir se fier la trahit. Or le public de cette époque est habitué aux spectacles sanglants de la tragédie irrégulière, notamment les pièces de Hardy. Elle le lui avoue même à l’acte III (v. 919-930) : Tout ce que vous me montrez de cette sorte ne m’inspire qu’incrédulité et révolte « incredulus odi » [22] Les actes horribles, tels les meurtres d’enfants ou la cuisson cannibale, n’excluent pas forcément les meurtres et suicides plus « ordinaires » tel le suicide de Jason dans la pièce de Corneille. Découvrez les autres cours offerts par Maxicours ! Horace invoque deux raisons pour ne pas montrer ces actions : Après avoir appris que sa robe empoisonnée a fait son effet, elle se prépare à immoler « avec joie » ses fils (v.1349). la pitié] par les moyens du spectacle ne relève guère de l’art : c’est affaire de mise en scène. Corneille, quant à lui, modifie l’agencement des événements et les rend plus spectaculaires encore. Médée est aujourd’hui très étudiée en lycée et collège. Ce doute semble confirmé par le jugement de Voltaire [38] évoque un « succès médiocre ». Le dispositif emprunté à la pièce de Sénèque où Jason est le témoin impuissant du second meurtre ; lors du premier, Jason n’est pas encore entré en scène. Médée souligne qu’il va être témoin du meurtre : Avec l’émergence du goût classique, l’horreur n’est plus acceptée dans la tragédie, les sortilèges non plus, et la pièce de Corneille connaît une désaffection de trois siècles. Il s’ensuit que jusqu’à l’Art de la Tragédie de J. de La Taille (1572) [8] , les poéticiens français mettent l’accent sur l’utilité du théâtre, le public devant tirer une leçon de l’action représentée. C’est seulement quand elle a perdu toute illusion qu’elle décide de punir Jason dans son amour paternel. [plus loin :] « Aussi ne manque-telle jamais de montrer sur la scène la vertu récompensée, et le vice toujours puni. Au contraire, le « monstrueux » induit une réaction violente, de « la frayeur à l’état brut, la frayeur immédiate, trouble physique qui ne laisse place à aucune réflexion » (R. Dupont-Roc/J. Devenez inventifs en supplices nouveaux » (v.1543-44), Créüse n’apparaît pas sur la scène dans les autres tragédies. La persistance du personnage de Médée sur la scène lyrique s’explique par les mêmes raisons qui l’excluent de la scène tragique : les sortilèges spectaculaires conviennent à l’opéra qui est « le symétrique inversé de la tragédie parlée ». Les chairs coulaient des os comme de la résine sous les dents invisibles du poison… » 1. Batteux), Médée est devenue une figure emblématique de l’infanticide, crime qui suscite l’horreur – d’autant plus s’il reste impuni. Les buts de l’éloquence sont traditionnellement : plaire, émouvoir, instruire. » « Ma vengeance n’aurait qu’un succès imparfait, On notera néanmoins que Corneille, en 1660, dans sa pièce La Conquête de la Toison d’or exploite une autre facette du personnage de Médée. Corneille lui substitue poignard brandi par Médée (v.1569). « Produiront des effets bien plus doux à [sa] haine » (v. 1045) Le sens de incredulus odi s’explique mieux par celui de nefarius Atreus - nefarius traduit par « abominable ». La Médée de Sénèque est « terrible à l’excès ». Et pour réduire encore la distance entre le spectacle du « monstrueux » et le public, il l’invite ouvertement à la compassion, par l’intermédiaire de la suivante Cléone. « Quoi, vous continuez, canailles infidèles ? Il y dispose de la scène tragique utilisée pour la tragi-comédie : elle offre des décors multiples, propose des compartiments laissant voir simultanément les divers lieux de l’action : au centre, un espace vide « place publique », où a lieu par exemple la rencontre de Jason et Pollux [19]. Fuyez… » (v.1379-85) décès, hospitalisations, réanimations, guérisons par département Tout cela explique que, d’abord accueillie froidement, après sa reprise en 1728, la pièce reste très longtemps au répertoire. Médée est une méchante femme qui se venge d’un malhonnête homme. Elle a déjà été montrée au public par Sénèque et La Péruse. Le présent article a été réalisé à partir des notes que Florence Poirson a bien voulu nous confier, ce dont nous la remercions. Autrement dit, les actions de Médée sont inhumaines, mais aussi surhumaines, parce qu’elles révèlent une énergie, une volonté de se dépasser qui est le propre de l’héroïsme, même s’il s’agit d’un héroïsme du mal. « Lève les yeux, perfide, et reconnais ce bras « Je t’aime encor, Jason, malgré ta lâcheté, Si pour Racan [39], Médée est l’une des quatre tragédies qu’il juge « les plus belles qui soient venues à [sa] connaissance, du temps passé et du présent », la prétendue immoralité de la pièce choque Georges de Scudéry et les autres doctes [40].